C'est "cool", mais tu peux l'écouter quand même, du moins essayer.
D.C., 21:13:01, 09/12/2008
Voici, grand malheureux, ce que tu as raté en ne venant pas jeudi. Merci en tout cas aux autres et rendez-vous au 18 décembre, Old School.







Merci beaucoup à GM qui a bien voulu faire le flyer.
L’homme fait peur. Couvert d’un long manteau noir, la démarche chancelante, le visage creusé par la fatigue, son verbe jaillit par salves destructrices lors des conférences de presse de ses deux films sélectionnés à Cannes : De la guerre de Bertrand Bonello, dans lequel il interprète un membre d’une étrange secte, et Versailles de Pierre Schoeller, où il excelle en SDF avec enfant à charge. Guillaume Depardieu a, dit-on, “mauvaise réputation”. Il suffit pourtant de quelques minutes pour goûter son irrésistible affabilité (“Je me méfie du verbe et pourtant je ne fais que parler”), sa grande culture (il cite Nietzsche, García Lorca, JoeyStarr “le plus beau poète que je connaisse”…) et bien plus encore, sitôt les quelques questions d’usage posées.
Guillaume Depardieu donne peu d’interviews, mais lorsqu’il accepte, il joue le jeu. Quel jeu ? “La promotion ne m’intéresse pas, dit-il d’emblée. A Cannes, on te prend, on te jette. Moi je ne veux plus faire ça. Je veux raconter une histoire aux gens, avec mes mots, avec mon corps. C’est pour cela que j’ai perdu du poids avant de venir, pour ressembler à L’homme qui marche de Giacometti, tu connais ?”
La redingote finalement tombée, on aperçoit ses bras, des bras maigres en effet, meurtris, laissant paraître sous la peau albâtre une forêt de veines saillantes et magnifiques. Lorsqu’on évoque son allure fantomatique, il nous demande de préciser. C’est que le fardeau est lourd, le cliché tenace. Non pas un survivant, mais bien un fantôme : celui qui apparaît dans le cadre sans crier gare, pour en disparaître à volonté ; celui qui, paradoxalement, est l’acteur français le plus spectral et le plus incarné – disparition, présence. Il semble acquiescer. Lui-même se définit comme “asymétrique et politique. Regarde L’homme qui marche de profil : c’est un triangle, c’est la maison, la franc-maçonnerie, et de l’autre côté il a la tête qui avance, c’est la raison qui traîne le corps, le coeur. La notion de corps, je l’ai comprise quand j’ai failli le perdre.”
Bonello l’appelle son “beau guerrier”, ça l’amuse : “J’ai l’impression d’être un peu revenant, un peu mutilé, un peu guerrier, ça dépend. C’est là que le son intervient.” Un peu surpris par ce raccourci étonnant, c’est à notre tour de lui demander de préciser : “Les gens me disent que je suis flou. Moi, j’estime que je suis très clair et que les gens ont à faire un effort. Il n’y a plus d’effort, on vit dans une condescendance absolue.” Il se ravise toutefois : “Ce que je veux dire, c’est qu’avant les images, ce sont les sons, la musique qui me guident. Je vais faire un album tu sais ? Pour faire chanter les caissières de supermarché.” En insistant un peu, il accepte d’en faire écouter un échantillon, quelques spoken words accompagnés d’une mélodie au piano sur lesquels flotte l’esprit de Gainsbourg et de Daniel Darc. “Je vais aussi faire un film. Pas deux, ni trois : un seul. Bientôt. Ça ne parlera que de femmes, toutes les femmes que j’ai rencontrées dans ma vie, et particulièrement deux : Asia Argento et Béatrice Dalle. A Cannes, je ne mets pas de lunettes, car sinon, dès que je croiserais une femme, je la regarderais, et elle ferait partie du film…” Guillaume Depardieu est vivant, bien vivant. En marche.
Regarde ce plan, très probablement le seul dans le film à être ainsi penché, regarde comment il renverse très subtilement la perspective en faveur de la fille, comme si, malgré sa petite taille, elle allait irrésistiblement fondre sur sa veule proie. Ben voilà, c'est ça Blake Edwards, j'ai pas l'impression qu'il faille en dire beaucoup plus.
Quand tu me disais qu'Apatow puisait beaucoup chez lui (il me reste toujours à voir 10 et That's life), tu avais bien entendu raison, je le saisis mieux désormais : ce fantasme d'amitié fusionnelle qui nous émeut tant à la fin de Superbad, Edwards l'avait déjà réalisé dans Switch (Dans la peau d'une blonde), où un brave type finit par engrosser son meilleur ami. Quelle plus belle scène que cette visite à l'hôpital ?
Oui, c'est certain, ça ne peut être qu'un clin d'oeil à Switch,
SoHo, Juillet 2006
J'ai reçu ça d'un ami aussi name-dropper que flagorneur - je lui en voudrais d'être différent ceci dit : "Vu Dans la ville de Sylvia, tiens; vaut (presque) pas tripette. Pardonne-moi la brosse à reluire, mais certains plans veulent talonner L'enclave; c'est peu dire qu'ils échouent. Un seul grand moment, la deuxième scène de café, avec tous ces visages qui s'obstruent les uns les autres, bouchent des perspectives, dessinent des microfictions avortées ou retardées, viennent bouffer l'écran en close-up ou s'effacent au contraire d'un coup d'un seul, relayés à l'arrière-plan d'un claquement de cils volatil. La mise en abîme sur le voyeurisme est grossière; l'obsession baudelairienne sur l'ode aux passantes, agacante; la ressemblance frappante du gugusse avec Courbet jeune, beaucoup trop édifiante sur la volonté de passerelle entre ciné et peinture chez Guerin; mais cette facon de faire s'initier le ressouvenir d'un amour perdu à partir d'une dissection géométrique de l'espace, c'est fort. Franchement, cette scène, sans déconner, a quelque chose d'un mini-Ionesco déconstruit par Chirico reformulant les principes physiques de Lagneau; bref c'est cool. Mais c'est tout; le reste est juste une ode banale aux tramways; qu'est-ce que ca peut nous foutre". La suite de son mail ma presque fait pleurer - l'enfoiré.
et