Affichage des articles dont le libellé est brillante. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est brillante. Afficher tous les articles

jeudi 22 mai 2008

Washing machine

Un seul film vu aujourd’hui, plus les courts de la quinzaine… pas la gloire (écrire à Cannes complique tout, il faut dire). Serbis de Brillante Mendoza tout d’abord. L’éclat de John John, révélation de la Quizaine 2007, retombe un peu mais la déception importe finalement peu par rapport à ce qui se joue dans ce cinéma miraculeux. La confirmation, d’abord, d’avoir trouvé un cinéaste, un vrai. Encore un peu vert, au souffle court, mais explosant littéralement le cadre étriqué du world cinema en rang d’oignons. A Serge qui écrit « prendre des nouvelles des rues de Manille », je réponds : « prendre des nouvelles du cinéma, avant tout ». Pendant une heure au moins – la demi-heure suivante est malheureusement ratée – Serbis (service en français, sous-entendu sexuel) parvient à chatouiller la superbe (chatouiller n’est pas égaler…) de Weerasethakul, Khoo, et Tsai Ming-Liang dans la proposition d’un cinéma au seuil du docu et de la fiction, tout en inventant un style singulier et paradoxal, fait de fluidité accidentée et d’intimité au grand jour. Le film entretient un point commun avec un autre des meilleurs films du festival : Dernier Maquis, de RAZ, où, par la grâce d’une caméra généreuse, se crée un espace utopique, une invitation à la beauté dans un endroit qui n’a pas l’habitude de la recevoir, un peu comme l’avait fait Nolot dans la Chatte à deux têtes. On y pense immédiatement du fait que l’action se déroule dans un cinéma porno, mais la comparaison s’arrête là. Alors que Nolot s’intéressait à la salle elle-même comme utopie, c’est plus l’alentour qui intéresse Mendoza, tout ce qui se passe dans les couloirs, escaliers et innombrables cagibis bordant l’unique écran du cinéma (qu’on ne verra jamais, au profit de nombreux petits écrans). S’y croisent les membres d’une famille, nombreuse et recomposée, propriétaire des lieux, cohabitant avec les innombrables marginaux du quartier. S’y croise est vraiment le terme approprié : tout est mouvement dans Serbis (sans rapport toutefois avec l’histrionisme forcé d’un Kusturica), rien n’est jamais figé, la caméra passe d’un personnage à l’autre dans un doux ballet organique. Le lieu est filmé comme un corps vivant, en mutation perpétuelle (repeindre le mur, faire des travaux), en symbiose parfaite avec ses habitants, un corps dont il faut expurger la saleté (« tu sens le vinaigre » dit la mère à son ptit boy, avant qu’il ne lui renvoie malicieusement le compliment), expulser les fluides (le furoncle, l’évacuation des toilettes, le sperme), une tour de Babel où espace public et privé se confondent (trouées dans la paroi, travail génial sur le son envahissant de la rue), où s’invente au jour le jour un langage corporel commun (le Philippin lui-même est une langue syncrétique, un mélange de langue indigène, d’espagnol, et de mille autres choses sans doute), un espace utopique, enfin, sans point cardinaux, où les hommes peuvent s’appeler maman entre eux, où les transsexuels ont vraiment deux chromosomes X et où les prostituées paient pour le sexe, filmé comme une chose naturelle, à la même hauteur que tout le reste, une hygiène sans –isme. Les quelques défauts (symbolisme religieux dont je ne comprends pas bien l’intérêt et errements scénaristiques sans doute dus à la rapidité d’exécution – 12 jours de tournage !) s’oublient vite et ne demeure que l’impression d’un film vivant, mutant, un film qui lave le corps et l’esprit de toutes les immondices des jours précédents.

Pas envie de parler des courts de la quinzaine, sauf pour dire que je suis sorti de la séance déprimée pour plusieurs heures.

Soirée de la Quinzaine géniale, mais on n’est pas sur le blog d’IU ici, hein.

J’étais parti pour écrire toute la nuit (je dois rendre 3000 signes sur Depardieu pour demain) mais je ne vais pas y arriver.

***

Faire gaffe à ne pas réveiller D.Chou, qui a besoin de bien dormir pour soigner sa colique.