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dimanche 15 novembre 2009

Pour rétablir la vérité

Si jamais tu avais lu la version erronée (et hélas publiée) du portrait de Richard Kelly, voici la vraie version (c'est surtout la fin qui change) :

Richard Kelly est un cinéaste de son temps, et pourtant il ne l'a jamais filmé : Donnie Darko, son premier film, sorti quelques semaines après le 11 septembre 2001, imaginait ainsi la fin du monde en 1988, à travers les yeux d'un adolescent perturbé ; Southland Tales, se déroulait en 2008, mais figurait en fait un monde parallèle, un monde où les Etats-Unis, victime d'une attaque nucléaire, aurait déclenché une troisième guerre mondiale ; The Box, quant à lui, prend place en 1976 (peu ou prou l'année de naissance de son auteur) et raconte le désarroi d'un couple embarqué dans une machination aux dimensions apocalyptiques... Quelque soit l'époque filmée, le cinéaste de 34 ans ne semble ainsi pas capable d'imaginer le monde autrement qu'au bord du précipice. La catastrophe est toujours là, présente, attendant au coin de la rue – cette banale rue de banlieue pavillonnaire (américaine) qui lui sert presque toujours de décor –, sous la forme d'un réacteur d'avion, d'un champignon atomique ou d'une simple boite en bois, avec un bouton rouge sur le dessus. A rencontrer ce jeune homme amène, au visage très doux, presque poupin, on a du mal à croire que d'aussi noirs desseins puissent germer dans son esprit. « J'ai lu énormément de S.F. étant jeune, et la plupart des auteurs des années 50 et 60, comme Richard Matheson, Kurt Vonnegut ou Philip K.Dick, ont une vision très noire, désenchantée de l'humanité. Or pour les gens de ma génération, tout qu'ils disent sonne comme une évidence : nous n'avons pas connu autre chose que l'enfer qu'ils décrivent ». C'est bien en cela que Richard Kelly est un cinéaste de son temps : ayant grandi dans les années 80 et 90, et entré dans la vie active en 2000 et des poussières (celles, à peine retombés, du World Trade Center), la crise n'est pour lui pas un état paroxystique, mais la normalité. Et la fin du monde, une conséquence logique, presque un soulagement (« un gémissement » dirait T.S. Elliot), si l'on en croit les derniers plans de Southland Tales, son grand oeuvre hué à Cannes en 2006 par un public abruti, incapable de saisir la beauté chaotique et prométhéenne du film. Si Richard Kelly a connu une catastrophe, une vraie, c'est finalement celle-ci, cette carbonisation cannoise qui le laissa abasourdi, K.O. debout sur la Croisette. Trois ans plus tard, il en garde (encore) des séquelles : la voix fébrile, il hésite longuement avant de répondre aux questions, se montre effrayé à l'idée qu'on puisse charcuter ses projets (« si je faisais une série télé,ça me briserait le coeur qu'elle soit annulée au bout de quatre épisodes »), et ne se risque pas à couper la main qui le nourrit désormais. Rentré dans les rangs de la Warner pour son dernier film, après la chaotique production indépendante de Donnie Darko et celle, semi-indépendante et non moins infernale de Southland Tales (250 000$ de recettes aux USA, direct-to-dvd en France), il s'espère sorti d'affaire : « Je ne veux plus quitter le système des studios, d'autant plus que les indépendants sont aujourd'hui moribonds. C'est trop frustrant de passer des années sur un film pour ne le voir finalement sortir que dans une poignée de salles. Et puis maintenant j'ai envie de m'attaquer à des budgets plus importants, je me sens prêt ». Pour cela, il faudrait bien entendu que The Box, qui n'est pas encore sorti aux Etats-Unis, soit un succès au box-office, mais le kid de Virginia se dit « serein ». On reconnaît là une des qualités majeures du cinéaste, celle qui permet à ses films-baudruche, chargés jusqu'à la gueule de matière fictionnelle incandescente, de ne jamais exploser en vol. Comme J.J. Abrams et Christopher Nolan, mais contrairement à M. Night Shyamalan (pour prendre trois réalisateurs américains comparables apparus dans les années 2000), Richard Kelly est un cinéaste de la dépense, un prestidigitateur nourri aux effets numériques (« toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie » selon Arthur C.Clarke cité dans The Box) un flambeur pour qui l'enflure narrative est la seule réponse possible à la surenchère des série télés qui ringardisent son art depuis dix ans. D'où l'impression, parfois, que ces trois-là accumulent en deux heures autant d'enjeux, de personnages et de sous-intrigues que huit saisons des X-Files. Toutefois, un tel boulimique ne peut qu'à condition de garder la tête froide : ce que le scénario, parfois trop gourmant, dilapide d'un côté, la mise en scène, précise et ample, incroyablement suave, le récupère de l'autre, créant de pures visions apocalyptiques avec trois fois rien, un hangar vide et quelques ventilateurs par exemple. « J'ai essayé tout au long du film d'utiliser la technologie numérique pour arriver à un effet analogique », affirme-t-il, fier, ses yeux brillant soudain de mille paillettes. Car aussi noires et caustiques que soient ses intrigues, Richard Kelly semble immunisé contre le cynisme. Adepte de Sartre depuis, dit-il, « sa découverte éblouie, au lycée, de Huis-clos » il ne départit jamais d'une certaine candeur, une croyance infaillible en l'humanité, à qui il laisse toujours la possibilité d'emprunter une autre voie que celle qui la mène à sa perte – dans The Box, le méphistophélique Mr Steward ne répète-t-il pas sans cesse que « le choix nous appartient » ? Et plutôt que d'aller chercher dans le passé les racines du mal – quête parfaitement vaine qui aboutit toujours à la résignation mélancolique – Richard Kelly préfère y trouver les raisons de se réjouir au présent. En espérant un jour en finir avec la fin du monde.


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Je te conseille toujours, par ailleurs, la vision d'Adventureland. J'avoue, c'était surtout pour me la péter avec ces deux jolis commentaires.



vendredi 23 octobre 2009

Je fais des trous, des petits trous


Seulement 30 personnes au TNL hier :/ C'est rageant. Plein de gens seraient intéressés, je suis sûr, mais comment les toucher ? J'ai plein de relais pourtant, mais pas assez visiblement.

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J'ai passé plus ou moins toute la journée sur un portrait de Richard Kelly aujourd'hui (l'interview n'était pas très réussi mais ce n'est pas grave). Du coup j'ai revu Donnie Darko hier soir, et quelques passages de Southland Tales. Le point commun de tous ses films : on n'y comprend rien. J'avais le souvenir d'un film assez confus mais malgré tout intelligible, or à la revoyure, c'est évident : à moindre d'être un nerd passionné par les paradoxes spatio-temporels (Vincent ?) on n'y comprend que pouic. Et on s'en fout. Parce que le talent de Kelly est ailleurs.

Ce n'est absolument pas un talent de narrateur, contrairement à Shyamalan (à qui l'on pense fatalement devant The box), cinéaste économe dont la mise en scène déploie ses effets avec parcimonie ; mais plutôt un talent de prestidigitateur, multipliant les effets pour faire diversion, sans pour autant verser dans l'esbroufe, ce qui est très fort ; car si il y a une enflure chez Kelly, elle n'est jamais dans la mise en scène, toujours dans les scénarios, qu'il n'affectionne, jusqu'à présent, que tordus. Je te vois venir : et Shy alors, c'est pas un magicien ? Si, mais ses tours à lui, ils les déploient sur l'ensemble d'un film, dont chaque partie fait echo à toutes les autres. Chez Kelly, il y a un plaisir élémentaire de la séquence, un talent purement clipesque (comme la première scène de lycée dans Darko, avec Killing Moon) et si la cohérence de l'ensemble l'intéresse un peu (mais pas moi), c'est surtout la réussite de ses tricks qui compte. Au delà du pitch ("c'est la fin du monde, il est temps de faire des choix"... bon), son propos ne m'intéresse pas, mais chaque scène, prise à part, me trouble, m'émeut. Je pourrais en citer 15 dans The Box, mais une me touche particulièrement : lorsque Cameron Diaz enfile son nouveau pied. Ca ne sert pas à grand chose, le film ne serait pas bien différent sans ça, et en même temps c'est magnifique.

Maintenant, est-ce que je préfère Shyamalan ou Kelly ? J'aurais du mal à répondre, car les deux répondent à des goûts contradictoires : équilibre ou déséquilibre ? A priori, l'art de Shyamalan est plus abouti, mais il y a toujours quelque chose qui me séduit chez ces cinéastes boulimiques, saturés de références pop et incapables de simplicité. Ces cinéastes mutants, comme tu dirais (Tony Scott, par exemple, qui a fait un de ses meilleurs films avec Kelly au scénario ; ou J.J. Abrams ; ou Tsui Hark ou encore les Wacho...). Il faudra qu'on l'écrive un de ces jours, notre éloge du cinéma mutant...

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D.Chou m'a enfin donné des nouvelles ! Tu veux voir à quoi ressemble sa nouvelle femme ? C'est elle, derrière lui.

dimanche 15 mars 2009

Pimps don't commit suicide

J'ai pas l'habitude de me plaindre sur ce blog, mais je dois aller bosser au Z dans 1h, et j'ai vraiment mieux à faire dans l'immédiat.

Dimanche dernier avait plus de gueule tout de même :

Je devrais peut-être faire un post là-dessus d'ailleurs.

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J'ai vu assez de bons films pour faire un premier top eleven :

1- L'étrange histoire de Benjamin Button
2- Ce cher mois d'aout
3- Tokyo Sonata
4- Ponyo sur la falaise
5- 24 City
6- Ghost Town
7- Twilight
8- Role Model
9- Yes Man
10- L'idiot
11- Push

(j'ai pas encore vu 35 Rhums)

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24 City, comment ai-je l'oublier ! Merci Nicolas. Du coup, c'est Milk qui sort et non Push - détail puisque celui-ci sera forcément amené à sortir du classement un jour. A ce propos, je n'ai jamais tenu ma promesse d'écrire quelques mots sur ce dernier film. Tout cela est un peu obsolète désormais, et j'ai oublié en partie pourquoi je l'aimais (j'oublie, malheureusement, très vite ces choses-là) ; mais je me souviens avoir beaucoup pensé à Speed Racer, pour les empreints au manga et au comics bien sûr, pour le foisonnement de couleurs aussi, mais surtout pour leur esprit commun, l'esprit de subterfuge. Dans chacun de ces deux films, le motif du subterfuge est omniprésent, déterminant. Je ne le refais pas pour Speed Racer, mais pour Push, on voit bien que les personnages passent leur temps à se tromper, à développer des stratégies pour se tromper, masquer, déjouer... c'est d'ailleurs par un subterfuge (cesser de planifier leurs actes à l'avance) qu'ils résolvent leur problème avec la clique asiatique. En outre, sans aller jusqu'à dire que le film ne parle que de ça, il me semble évident qu'il est tout entier obsedé par la drogue, par son imagerie (les pupilles qui se dilatent), par son vocabuulaire (un pusher est synonyme de dealer en anglais), par son folklore (le but des types est, rappelons-le, de mettre la main sur une seringue), et d'autres détails que j'ai oublié. Un film par conséquent, qui, comme ses personnages, ne dit pas son nom, reste à couvert. Tu me diras "et alors" ? Je te répondrais qu'à l'heure où les films doivent toujours porter leurs papiers sur eux, être bien identifiables, il est toujours plaisant d'en rencontrer des clandestins, des qui se cachent un peu, des qui trichent et qui s'en vantent en plus, des films sans-papier en somme.

Et j'ai revu Southland Tales cette semaine : plus qu'un film, c'est bien un happening, dont l'épicentre fut localisé à Cannes, aux alentours du 25 mai 2006, et qui depuis se diffuse tranquillement. Il lui reste de beaux éclats, un peu exténués, et je ne doute pas qu'il bénéficiera du reflux, dans quelques années ; mais, comme chacun le sait, un happening n'est jamais plus beau que lorsqu'il est vécu au moment de sa création sur le lieu de sa création...

Je rejette un coup d'oeil à ce top11, et je me dis que le niveau est déjà très haut cette année, plus que l'année précédente je crois, étant donné que je tiens les 5 premiers pour de grands films, voire de très grands films.

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Du hip-hop japonais. Pas nouveau, toi tu connais forcément déjà (BO du sublime Samurai Champloo), mais je le réécoute beaucoup en ce moment, je sais pas pourquoi.

Nujabees

Le truc que tu me conseilles pour la musique, je le connais : il n'est pas compatible avec blogspot. Alors personne pour un lecteur léger ?
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Ca fait longtemps que je ne donne plus de nouvelles de D.Chou ; c'est parce qu'il en donne lui-même... Mais pas de sa peau, ou pas assez. Aux dernières nouvelles, ça n'allait pas du tout, à tel point qu'il envisageait de rester cloîtré chez lui ce week-end. Qu'est-ce qui te file des boutons comme ça ? Tu manges trop gras ? T'es sorti finalement ?

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"Tu sais je suis de mauvaise humeur on va sans doute se disputer si je viens"
S.L., 12/03/2009 21:14